La galère est dans le pré

Après un mois et demi de repos en France, nous avons eu le temps de revoir nos proches, profitez des fêtes de fin d’année en famille et passer du temps avec nos amis. Nous voilà donc remplies d’énergie pour repartir vers de nouveaux horizons pendant plusieurs mois.

Le 27 janvier, à 9h du matin on reprend l’avion au Luxembourg pour un retour en Irlande. Il faut croire que l’ambiance de ce pays nous manque déjà. Sauf que cette fois ci, c’est direction la campagne irlandaise, un environnement un peu différent de celui qu’on avait connu auparavant.. On peut dire qu’on part encore plus vers l’inconnu que d’habitude, on va vivre H24 chez des locaux, découvrir leur rythme de vie, leurs habitudes, mais aussi le travail à la ferme, une grande première pour Louise !

On se dit aussi qu’après un mois et demi sans pratiquer l’anglais, le retour de la langue risque d’être compliqué, surtout quand on partage nos journées entières avec des personnes ne connaissant pas un mot de français. Après 10h de trajet on arrive à Waterford, principale ville de la région sud-est. Après avoir passé l’épreuve de la conversation téléphonique en anglais, notre hôte nous donne rendez-vous pour venir nous chercher. On a hâte de la rencontrer et de voir l’endroit où l’on va vivre pendant 1 mois et demi. On est toutes les deux un peu excitées de commencer cette nouvelle aventure, on ne sait pas trop ce qui nous attend, que ce soit au niveau de notre famille d’accueil ou du travail à faire, mais on est curieuses de tout découvrir. Pour ça, il va falloir attendre un peu car notre hôte n’étant pas très ponctuelle, on poireaute 1h dans le froid à l’attendre, ça commence bien !

Dès son arrivée, place à la deuxième épreuve, la première conversation en anglais dans la voiture. A notre plus grande surprise, malgré son accent très prononcé, Margaret parle assez lentement et on arrive à participer à la conversation. On apprend qu’ils accueillent tout le temps des jeunes étrangers venant du monde entier pour les aider à travailler et leur tenir compagnie. Margaret adore avoir du monde autour d’elle.

On arrive donc au fin fond de la campagne, perdues au milieu des champs, dans leur maison en plein centre de la ferme. Durant la rapide visite du propriétaire, on s’aperçoit que ce petit séjour à la ferme risque d’être plus compliqué que prévu. Effectivement, on découvre que seulement deux pièces de la maison sont chauffées, la cuisine grâce à un poêle des années 50 et le salon grâce à une cheminée. On va donc dormir dans une chambre de un sans radiateur et de deux très mal isolée. On se dit que notre petit chauffage électrique va être notre meilleur ami, mais il ne sert strictement à rien. On demande donc une couverture supplémentaire et nous voilà parties pour subir pendant des jours. Parce qu’on est d’accord que le froid n’est vraiment pas bon pour le moral.

Tous les matins c’est un calvaire pour se lever car la moindre partie de notre corps en dehors du lit congèle.. Bon d’accord c’est peut être un peu exagéré mais déjà c’est dur de se lever à 7h alors si en plus on doit quitter notre lit chaud pour s’habiller dans un frigo, traverser un couloir peuplé de souris et prendre une douche dans un igloo c’est encore plus compliqué.

Au fur et à mesure des jours, plus on apprend des choses sur leur mode de vie plus notre moral en prend un coup. Effectivement, on apprend qu’il n’y a pas de vrais repas le soir mais seulement des toasts au pain de mie avec les mêmes ingrédients tous les jours : tomates, jambon, cheddar. Tim, le mari de Margaret, nous dit qu’elle cuisine des patates tous les midis, ce qui s’avère vrai vu qu’on aura testé toutes les déclinaisons de patates en une semaine. Au moment de laver nos vêtements on voit qu’il n’y a pas de sèche linge et que la maison n’étant pas chauffée, ils vont mettre minimum deux jours à sécher. Toutes ces petites nouvelles nous font rire mais on se demande quand même vraiment où on est tombées… 

On regorge donc de petites astuces pour améliorer notre quotidien comme on peut. Louise essaie plusieurs tentatives pour se réchauffer, comme poser ses mains sur l’ampoule de la lampe ou sur la vaisselle chaude en vidant le lave vaisselle. On s’achète aussi lors de la première sortie en ville des chaussons complètement ridicules mais qui nous tiennent chaud aux pieds.

Ouais d’ailleurs en parlant du ridicule, heureusement qu’il ne tue pas, parce que vu le look qu’on a, on est pas près de trouver l’amour dans le pré. Essayez de nous imaginer en claquettes chaussettes à rayures et à pois multicolores, vêtements de sport, bonnet à pompon, sans oublier la belle cotte, les bottes en caoutchouc, et les parkas jaune et roses fluos par dessus les jours de pluie. So sexy !

En plus de tous ces petits détails de logistique, il ne faut pas oublier qu’on est ici pour les aider dans leur travail, c’est donc la découverte du monde agricole pour Louise, une grande aventure commence. Perso, je me dis que ça peut être cool, que je vais pouvoir apprendre de nouvelles choses sur le fonctionnement des exploitations agricoles en Irlande.

Dès le premier jour, pas le temps de niaiser on est déjà mises dans le rythme très rapidement. Deux trois explications par ci par là et hop au boulot ! 

Ça va que j’avais travaillé un minimum mon vocabulaire agricole avant de venir sinon ça aurait été la misère. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on apprend plusieurs mots de vocabulaire tous les soirs dans le petit dictionnaire agricole, magnifique cadeau de leur fils à notre égard. Sachant déjà conduire les tracteurs, je me retrouve dedans pendant plusieurs heures le temps de nourrir toutes ces petites bêtes.

Quant à Louise elle a direct son baptême de merde pour le premier jour, elle se retrouve à laver la salle de traite au jet d’eau, à nettoyer les cabanes à la raclette, ou à piétiner au milieu d’un troupeau de vache pour arriver à en trier quelques unes. En voyant sa tête se décomposer petit à petit je suis obligée de rire, elle doit me haïr de l’avoir emmener dans ce truc, et c’est que le début…

Ils voient qu’on s’applique dans les tâches à réaliser. Malgrés certaines difficultés, ils nous laissent livrées à nous mêmes et nous font tellement confiance qu’ils nous laissent faire tout le boulot solo dès le deuxième soir en leur absence.
Louise prend très vite ses marques, je dois dire qu’elle m’impressionne ! Je me retrouve même à lui donner des cours de conduite de tracteur au milieu d’un champ, c’est plutôt drôle. On passe nos journées à faire le même rituel, nourrir les bêtes, porter des seaux de graines, pailler les boxes à la main, laver et nettoyer, déblayer des haies… Si avec tout ça on revient pas musclées j’y comprend rien.

La pluie étant bien présente en février en Irlande, on essaie d’égayer nos journées comme on peut. On embarque souvent dans le tracteur avec nous enceinte et chiens pour nous motiver. Ces trois petites boules de poils nous ont très vite adoptées et passent tout leur temps avec nous. On peut aussi dire qu’on s’amuse avec pas grand chose. On se retrouve à faire un match de foot avec des bottes de foin, à écouter la musique de l’amour est dans le pré à fond, ou encore à dresser « Potatoes » « Pikachu » et « PQ » nos nouveaux petits veaux adorés.

Durant la première semaine on fait la connaissance de leur fils, Sam, et de leur plus grande fille, Sally. Ils ne viennent ici que les week-end pour aider leur parents à la ferme mais ils vivent sur Dublin. En découvrant le reste de la famille on s’aperçoit que le cliché des irlandais roux n’est pas une légende. Il faut avouer que l’on s’attendait à un peu plus de sympathie de leur part et que ce ne sont pas les sujets de conversations qui les étouffent. 

Les week-end sont les plus longs moments de notre séjour, même si on est off et qu’on a le droit à quelques heures de repos, on se retrouve invisibles au milieu de cette famille.

Ils font leur vie, ne nous expliquent pas grand chose sur leur travail et ne nous posent aucunes questions sur nos vies, malgrés nos tentatives d’approches. Au fur et à mesure des jours, et voyant que nos efforts pour s’intégrer au mieux sont inutiles on décide de faire notre vie de notre côté, sans se soucier de la leur. C’est dommage, notre niveau d’anglais c’était pourtant bien amélioré les premiers jours mais plus le temps passe et plus les discussions sont inexistantes.

Cependant étant de bonnes petites filles bien élevées et ayant le sens du travail bien fait on court partout pour satisfaire nos hôtes. Nos journées deviennent très vite routinières et on prend très vite nos marques.

Entre deux ordres de Tim, on profite d’être au contact de toutes ces petites bêtes en essayant de dresser veaux et vaches, en se promenant au milieu des champs tout verts avec nos trois acolytes à quatre pattes ou en prenant un milliard de photos et vidéos souvenirs. 

Ces petits moments de pauses nous font du bien car il faut avouer qu’après des journées 7h-19h nos corps et cerveaux sont en craquages. On alterne moments de folie, de fou rire ou de pétage de plomb.

Je pense que le ragoût de mouton que j’ai donné discrètement aux chiens restera dans nos mémoires, tout comme la douche glaciale pour bien finir la soirée, la chasse aux araignées au milieu du couloir, le plaisir de parler sur tes hôtes en français alors que tu es juste assise en face d’eux et la journée Saint Valentin au milieu des vaches…

Irelande-ferme-Repas

Après 3 semaines dans cet environnement on décide quand même de partir plus tôt que prévu. Durant une soirée de craquage après une grosse journée, on invente un entretien d’embauche en France à Louise et donc un retour vers notre pays. En réalité, on regarde les destinations les moins chers en avion et surtout vers les pays chauds car la météo irlandaise nous déprime. Après quelques heures de réflexion notre décision est prise, un peu sur un coup de tête mais après tout c’est ça le but d’un road trip. Une planification au dernier moment, il n’y a rien de mieux pour se sentir libre. Nous poursuivrons donc notre aventure vers un tout nouvel environnement : les Îles Canaries.

Ces 3 semaines furent donc riches en émotions, positives et négatives. On aura pas appris grand chose sur l’agriculture irlandaise mais on aura beaucoup appris sur nous mêmes. Après avoir dépassé cette étape nous voilà remotivées comme jamais pour continuer notre road trip et partir vers de nouveaux horizons. Ce fut une expérience inédite et atypique qui restera très longtemps dans nos mémoires !

Tenerife - Iles Canaries

Direction Tenerife, la plus grande des Iles Canaries. Changement de climat et de langue pour rejoindre cette île espagnole.

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